Morphologie implantaire et critères de sélection [ 1/3 ]

Au début de l’implantologie, différentes formes d’implants ont été proposées : lame, cylindres et vis. Actuellement, il semblerait qu’il y ait une uniformisation de la morphologie implantaire : la quasi-totalité des implants est aujourd’hui des implants vis. Cependant il existe toujours de nombreuses variantes sur le marché, les implants se différenciant entre autres par le diamètre implantaire, la forme de l’apex, la taille et la géométrie des spires…

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Source : smiledesigner

De ce fait, le choix peut parfois s’avérer difficile.

Le docteur Jokstad estimait en 2003 que dans une situation clinique donnée, le praticien a la possibilité de choisir entre plus de 2000 solutions implantaires alors que le chercheur Binon comptabilisait en 2000 environ 100 formes différentes d’implants.
L’implant vis tel que nous le connaissons aujourd’hui a été introduit par les travaux de Brånemark en 1971. Ensuite, de nombreuses formes ont été proposées, soit pour répondre à une situation précise ou dans un souci de simplification.
Il est donc important de connaître et reconnaître les différentes variantes morphologiques implantaires qui s’offrent au praticien et leurs intérêts cliniques pour ne pas se perdre dans l’offre des fournisseurs et ainsi faire le bon choix en accord avec la situation thérapeutique.
Dans cet article, nous avons tenté de décrire la morphologie implantaire en commençant par la partie supérieure à savoir le col implantaire.

Différentes Morphologies implantaires

L’édifice implantaire est généralement constitué de deux parties :
Le pilier : la partie émergeant dans la cavité buccale sur lequel la prothèse est fixée, reliée à l’implant par un système d’attachement.
– L’implant : la partie endo-osseuse
En effet, l’implant est la partie qui permet l’ancrage du complexe prothétique au niveau du tissu osseux.
Il est généralement en titane ou en alliage de titane voire en zircone.
Il est divisé en trois parties : le col, le corps et l’apex, chaque partie possédant des spécificités et des rôles distincts. Nous allons développer la partie supérieure de l’implant, le col.

Le col implantaire

Le col est une partie distincte du reste de l’implant. C’est la partie la plus coronaire de l’implant qui constitue une zone de jonction entre le pilier et l’implant. Il peut être enfoui dans l’os ou émergeant en contact avec les tissus mous de la cavité buccale.
Cette zone est exposée à l’environnement buccal, donc sa surface doit prévenir l’accumulation et la rétention de plaque bactérienne et permettre un accès facilité à l’hygiène.
Le col implantaire a un rôle clé dans la stabilisation de l’implant de par sa position au niveau de la crête osseuse. Les variations au niveau de cette zone permettent de moduler les propriétés de stabilité primaire de l’implant.
Classiquement, quand l’implant n’est pas excessivement enfoui, le col est à la fois au contact des tissus mous (la gencive), mais aussi des tissus durs (la crête alvéolaire).
Cette partie a pour rôle de créer un profil d’émergence harmonieux.

Différents types de cols implantaires

Il existe différentes conceptions de cols implantaires : droit, évasé, large, extra large et à conicité inversée. Le col peut être cylindrique ou conique, fileté ou lisse.
L’enjeu des différentes conceptions du col implantaire est le maintien d’un niveau osseux constant dans le temps et donc la prévention de la perte osseuse, et une inflammation minimum en garantissant une élimination maximum de la plaque dentaire.
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Col droit (source : medicalexpo)

1. Le col droit 

C’est la forme classique conventionnelle de col implantaire des premiers implants à vis conçus par Brånemark et qui a été reprise par de nombreux systèmes implantaires. La hauteur du col peut varier de 0,75 à 1,5 mm selon le fabricant mais les diamètres du col et de la base du pilier prothétique ne varient pas.
Elle est considérée comme la forme de référence de par sa simplicité.

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Col évasé (source : eidparis)

2. Le col évasé 
Il est caractérisé par un diamètre plus important de l’implant au niveau du col par rapport au corps.

Il permet également une meilleure gestion des tissus mous environnants et une obtention d’un profil d’émergence harmonieux.Ce type de col présente des avantages par rapport au col droit. En effet, il améliore la stabilité primaire, et est particulièrement intéressant dans le cas d’os de faible densité ou pour une mise en charge immédiate afin d’obtenir un ancrage cortical plus large qui est très utile lors d’une extraction implantation immédiate ou même élargissement de la base prothétique surtout pour les restaurations postérieures.

 

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Col large du type XP (source : eidparis)

3. Le col large du type XP (extra large platform) 
Il est caractérisé par un élargissement entrainant une augmentation du diamètre de la base prothétique.
Il est préférentiellement utile dans le cas de prothèses de dents larges notamment les molaires et permet l’implantation dans un site où il était impossible d’utiliser un implant de large diamètre par exemple au niveau molaire en présence d’une crête mince, où dans un site osseux avec des concavités ou près d’une racine.

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Col à conicité inversée (source : implantexpo)

4. Le col à conicité inversée 

Dans cette forme le diamètre du col est légèrement inférieur à celui du corps de l’implant permettant de diminuer la pression au niveau de l’os crestal et ainsi la préservation des corticales en offrant un volume osseux supplémentaire à ce niveau.
Leur principale indication est la crête alvéolaire étroite.

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Col sans et avec platform switching (source : nobelbiocare)

5. Le col avec switching platform

Ce type de col est obtenu par une diminution du diamètre interne de col sans diminution du diamètre
implantaire.
La connexion présente un rétrécissement du pilier par rapport à l’implant exposant la partie supérieure de l’implant ou « plateforme » permettant de mettre en place un effet de switching platform quand la base du pilier est décalée vers l’intérieur.
Le switching platform permet d’éloigner la jonction pilier/implant du bord de l’implant dans un but de limiter l’influence des micro-mouvements et de l’infiltrat inflammatoire sur l’os crestal péri-implantaire.

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D’après la bibliographie, ce décalage permettrait une meilleure stabilisation de la crête osseusse.
Les implants sans switching-platform sont donc indiqués en juxta ou supra-osseux et donc devraient avoir un col lisse surtout au niveau de sa partie supérieure, s’opposant à la propagation de la maladie péri-implantaire.
Les implants avec switching-plateform, ayant des indications en juxta ou infra-osseux, devraient posséder une plateforme lisse pour faciliter l’insertion de la muqueuse et une partie plus ou moins rugueuse pour les implants placés en infra-osseux afin d’optimiser l’ostéo-intégration ainsi qu’une partie verticale, rugueuse et micro-filetée permettant l’ostéo-intégration et un ancrage primaire plus important ainsi qu’une meilleure répartition des charges occlusales.
Parmi les avantages du switching platform nous pouvons citer :
– Un maintien de l’os marginal et éventuellement un gain d’os qui viendrait recouvrir la plateforme : en effet ce concept est connu pour sa capacité de prévenir la résorption et la perte osseuse dans le temps car quand la switching-platform n’est pas présente, une résorption osseuse jusqu’à la première spire est possible.
– Le maintien de la stabilité biomécanique de l’implant
– Le respect de la distance biologique
– La prévention des agressions mécaniques et bactériennes
– Une meilleure intégration des tissus mous et une esthétique optimisée

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Col avec microspires (source : Astra EV)

6. Le col avec microspires 

Ces cols ont des diamètres et pas de vis différents selon les fabricants. Cela semble participer à une meilleure rétention d’os crestal. Par ailleurs, ces microspires garantissent une meilleure répartition des contraintes au niveau de la crête osseuse.
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Col transgingival (source : eidparis)

7. Le col transgingival (ou transmuqueux) 

Ce type de col est présent sur des implants posés en un seul temps chirurgical, en une partie, le col ne s’arrête pas au niveau de la crête osseuse mais continue à travers les tissus mous (gencive).
Ce concept d’implant une pièce et transmuqueux est intéressant car il permet d’éliminer le gap présent sur les implants deux pièces caractérisant la connexion implant-pilier et ceci afin de réduire l’inflammation et la perte osseuse.
Toutefois, même si l’absence de hiatus au niveau de la connexion diminue le potentiel de colonisation par des bactéries responsables de la péri-implantite, la gestion d’un bon positionnement de la jonction lisse-rugueux reste toujours difficile dont les effets sont semblables à la présence du gap. Cela met en question la préservation de l’os crestal,
Ces implants sont donc réservés à des situations bien particulières.
Par ailleurs, ce concept augmente l’ancrage quand il est situé au niveau de la corticale, et permet une meilleure diffusion des forces occlusales le long du col implantaire.
Cependant, il existe une grande variété dans les systèmes implant pilier qui utilisent ce concept, le degré de résorption osseuse sera inversement proportionnel à la plateforme créée entre le pilier et l’implant, mais il n’existe pas de consensus quant au rapport idéal entre ces deux éléments (de plus il ne faut pas trop fragilisé le pilier en le diminuant à l’extrême, celui-ci allant recevoir des charges occlusales importantes, surtout en postérieur). Du reste, les protocoles chirurgicaux sont différents selon les cas cliniques (implantation immédiate, différée, mise en charge immédiate ou non).

Etat de surface du col

L’état de surface du col est un paramètre crucial dans la santé des tissus péri-implantaires car le développement de la plaque dentaire dépend de la rugosité de la surface exposée de l’implant.
Une surface lisse voire polie a été considérée comme la plus appropriée à ce niveau. Toutefois, une surface rugueuse est acceptable car aucun lien avec la réponse tissulaire du parodonte n’a été démontré.
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Cols implantaires (source : eidparis)

Les implants à col lisse ont une indication juxta ou supra-osseuse et leurs homologues à surface rugueuse sont indiqués en juxta ou infra osseux, et ne montrent pas plus d’accumulation de plaque que leurs homologues.

En revanche, en cas de perte osseuse, les cols rugueux vont être rapidement exposés aux germes responsables de la péri-implantite et donc favoriser la contamination bactérienne et éventuellement aggraver cette complication en exposant les spires de l’implant.

Conclusion

Le col de l’implant est au centre des innovations des systèmes implantaires. En effet, il existe aujourd’hui une multitude de design de cols implantaires : il peut être cylindrique ou conique, fileté ou lisse, droit ou évasé, large ou extra large ou encore à conicité inversée.
L’enjeu principal de ces conceptions si différentes les unes des autres est la prévention de la perte osseuse et donc le maintien de l’os à un niveau constant dans le temps en garantissant une élimination maximale de la plaque dentaire et en contrôlant l’inflammation.
Dans notre prochain article, nous allons détailler les deux autres parties de l’implant : les différentes morphologies et les caractéristiques du corps implantaire et de l’apex.
Soyez des nôtres  ! A la semaine prochaine !

 

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